الأشعرية بفاس من الموحدين إلى المرينيين
L'édition, la traduction et le commentaire d'un texte demeuré inédit, qui documente l'implantation de la théologie ašʿarite dans le Maghreb des Almohades.
Un texte oublié, une histoire à reprendre
L'histoire de la théologie au Maghreb souffre d'une lacune bien connue : les sources y sont rares, dispersées, souvent restées manuscrites. La profession de foi d'Abū ʿImrān al-Ǧawrāʾī, savant de Fès du VIIe/XIIIe siècle, faisait partie de ces textes que l'on cite sans les avoir lus. Son édition permet aujourd'hui de vérifier plutôt que de supposer.
Ce que dit le texte
La ʿaqīda d'al-Ǧawrāʾī expose, en une centaine de propositions, ce qu'un croyant est tenu de savoir de Dieu, de ses attributs, de la prophétie et du jour dernier. Sa langue est sobre, ses distinctions techniques. On y lit un ašʿarisme déjà stabilisé, mais adapté à l'enseignement : chaque proposition est faite pour être mémorisée puis expliquée.
Le contexte almohade et mérinide
Le texte s'écrit dans un Maghreb où la doctrine est aussi une affaire d'État. Les Almohades avaient imposé une profession de foi officielle ; les Mérinides, qui leur succèdent, favorisent une normalisation ašʿarite adossée au mālikisme. La ʿaqīda d'al-Ǧawrāʾī s'inscrit dans ce moment de recomposition, entre héritage almohade et institutionnalisation nouvelle des madrasas.
Un travail d'établissement
L'édition repose sur la collation des témoins manuscrits conservés au Maroc, la restitution des passages fautifs, et l'identification des sources implicites. La traduction française, intégrale, est accompagnée d'un commentaire qui restitue à chaque formule son enjeu doctrinal.
Ce que l'on apprend
Loin de l'image d'un Maghreb théologiquement dépendant de l'Orient, le texte révèle une école locale capable de sélectionner, d'abréger et de reformuler. L'ašʿarisme maghrébin n'est pas une copie : c'est une réception active, avec ses accents propres et ses silences significatifs.


